30
septembre 2009
C’était
le 26 septembre. Il faisait beau. Ça avait mal commencé, puisque
la voiture prêtée par une amie ne voulait pas démarrer
– la batterie vidée par des feux de position restés
allumés. Alors, après une ou deux valses hésitations,
on est partis, qui en métro, qui en taxi. On s’est retrouvés
devant la BNF, pour le premier concert du « Bethesda Giga Tour ».
C’est le « Festival Spectaculaire », vaste tour de chauffe
de la saison culturelle 2009/2010 qui nous accueillait là. On s’est
installés, très vite, au fond de la péniche Aabysse.
Quelques minutes de linecheck et le public était là. Ce fut
bref, riche en micro-pains et en trous de mémoire comme toute première
qui se respecte, de ces petits plantages que nous sommes souvent les seuls
à remarquer et qui vont bien nous occuper pendant les prochaines
répés. Ce fut surtout très, très agréable
: une rythmique aussi élastique que décidée, un public
familial (17h, gratuit...) et chaleureux. Jouer à trois me plait
beaucoup. Chaque note compte, chaque silence aussi,. On passe notre temps
à grimper des petites montagnes puis à se laisser glisser
jusqu’en bas, instruments brandis vers le plafond et le ciel caché
derrière. Ma vie d’avant, je l’aimais moins.
Bonne Fortune
Les Roseaux
Les Cloches de l’amour
Ô mon tour
Implacable
Knowing Me Knowing You
Hawaii
Le Mouton à trois têtes
Photos : Stéphane
Reynier
10
septembre 2009
On nous annonce à tire-larigot des ressorties d’albums culte.
D’ailleurs, maintenant tout est culte. Tarantino fait des films
« culte » dit-on. J’aimerais qu’on m’explique
comment des films à succès peuvent être « culte
». Je crois même avoir entendu parler de répliques
« culte » dans Bienvenue chez les Chtis...
Enfin du culte, du vrai, influent mais obscur, il en reste. Cet été
a vu ainsi la commercialisation des trois albums enregistrés par
Bert Jansch pour Charisma au milieu des années 70. Parmi ces très
bons albums, il faut extraire L.A. Turnaround – véritable
petit chef d’oeuvre. Je n’en connaissais jusqu’ici qu’une
poignée de titres présents sur une compilation CD datant
du début des années 1990. Depuis, mes recherches s’étaient
révélées infructueuses. Même sur le Ebay US
je me faisais toujours griller par plus fortuné que moi. Et revoilà
donc ces trois albums, parfaitement remasterisés et agrémentés
de morceaux inédits voire comme c’est le cas pour L.A. Turnaround
d’un documentaire d’époque.
Qu’est-ce qu’il a donc de spécial celui-ci ? Disons
que c’est un de ces petits miracles dus à la sagacité
d’un directeur artistique. Le boss de Charisma a eu l’idée
d’associer Bert Jansch, typiquement britannique, à deux Américains
pur jus. Mike Nesmith, ex-Monkees et initiateur en solo du mouvement country-rock
et son joueur de Pedal Steel Guitar, Red Rhodes, pur Nashville Cat. Ces
deux-là, ont en 1972 enregistré tout seuls une merveille
intitulée And The Hits Kept Comin’On, le cinquième
album solo de Nesmith - pépite de country élégante
et baroque qui doit énormément au jeu inventif et subtil
de Red Rhodes, capable de transformer sa Pedal Steel en quatuor à
cordes. Ce dont il ne prive pas ici !
Nesmith est quasi absent de ce disque, totalement effacé derrière
Jansch. On découvre dans le film qu’ils ne se connaissaient
pas auparavant et ignoraient presque tout l’un de l’autre.
J’imagine que l’ex - Monkee a été bluffé
et découragé par le picking de l’ancien Pentangle.
Red Rhodes, en revanche, lui semble plutôt motivé par le
niveau de jeu. Il ne joue que sur cinq titres, dont une très belle
nouvelle version de Needle of Death, mais il apporte au disque une gravité
légère et savante, tout en contre-chants fluides, qui fait
un écrin parfait aux arpèges rugueux de Jansch. Nesmith
a eu l’intelligence de ne pas surproduire cet album, il a convié
quelques musiciens rares et discrets dont le cinquième scarabée
Klaus Voorman, qui avec sa basse électrique se glisse à
la hauteur de Danny Thompson (sur Cluck Old Hen tout particulièrement).
Parmi les bonus, on trouve une épatante version de One For Jo avec
Red Rhodes. Sur celle retenue pour l’album, on n’entend que
Bert Jansch. Elle est d’ailleurs parfaite, tandis que Rhodes met
une bonne minute à prendre son envol sur cette version inédite.
En revanche, une fois qu’il maîtrise son sujet, vers 1’30’’,
il dialogue avec Jansch, haut, très, très haut. On en a
presque mal aux cervicales.
Je glisse ci-dessous un extrait du docu d’époque. Si la maison
où ont lieu les prises vous dit quelque chose, ne soyez pas surpris.
C’est celle de John Cleese dans A Fish Called Wanda.
7 septembre
2009 Laissez-moi
vous embêter avec un souci futile : quelle guitare vais-je porter
cet automne ?
A de rares exceptions près (ma Gibson ¾ de 1929...) je ne
suis guère fidèle en ce domaine. Disons même que je
verse franchement dans le don juanisme. J’ai craqué récemment
pour une horrible nippone de 1962, une Kent Copa probablement censée
imiter une Stratocaster. Achetée quelques dizaines d’euros,
je l’ai décapée, huilée, lui ai ajouté
un chevalet arraché à une Heit Deluxe (Teisco) moins chanceuse.
Elle a passé l’été chez un luthier qui a rajouté
quelques possibilités au sélecteur de micros et la voila prête
pour sa nouvelle vie. Le son ? d’une rare violence, pas en rapport
avec son âge et son prix. La guitare garage qu’il vous faut.
Je n’ai jamais vu personne jouer là-dessus. Trois ans après
la naissance de la mienne, ils ont produit un modèle « professionnel
», avec un manche que j’imagine normal (disons autre chose qu’une
batte de base-ball...). C’est ce modèle que l’on voit
dans les mains de Sterling Morrison et Lou Reed sur les premières
photos du Velvet : Wayfarers, col roulé et jeans noirs et la Kent
à la tête de la même couleur ... la classe...
Mais, bien sur, mon cœur bat déjà pour une autre - une
qui n’existe pas encore...
Il y a quelques mois, j’ai été contacté via myspace
par un luthier féru de mon travail qui m’a déclaré
vouloir me construire une guitare et pourquoi pas par la suite développer
le modèle au-delà de ce prototype... Maxime et moi avons pas
mal de goûts en commun outre les guitares : le Symbolisme en littérature
comme en peinture, l’Americana, Dorothea Lange... Alors, après
quelques valses hésitations pour la forme, nous nous y sommes mis,
enfin surtout lui... Quelque-part dans une arrière-cour, à
Besançon, dans l’atelier des guitares Lowelectric, une SV est
en train de voir le jour. Comme un hybride de planche de surf et de mobilier
des années folles... Un Bigsby, un P-90, une mini humbucker, un chevalet
avec capteurs... Comme de bien entendu, cette beauté aura mis quelques
neuf mois pour voir le jour... Elle devrait faire ses premiers pas au Salon
de lutherie de Montpellier le 13 octobre puis rejoindre son père
adoptif en tournée si tout se passe bien. Vous recevrez un faire-part.
Voila quelques clichés (tout à fait corrects) de la conception.
D’ici-là, je me verrais bien porter ma Kay Value Leader, un
brave outil bon marché de 1962. Si bon marché, qu’à
l’époque, seuls les Noirs jouaient dessus : Jimmy Reed, Lonnie
Johnson, Howlin’Wolf...
27
août 2009
La dernière fois que j’ai répété avec
un groupe pour la promo d’un nouvel album, c’était
en juin 2002. Autant dire, il y a deux ou trois siècles. J’avais
avec moi, un tourneur-manager, une major avec ses moyens promotionnels
et financiers, une ou deux subventions et le statut d’intermittent.
Nous répétions dans un studio payé par la Major.
Nous avions même obtenu une résidence dans le Lubéron,
pendant laquelle nous allions être rejoints par deux ( !!!) ingénieurs
du son et un régisseur...
J’ai du rêver tout ça. Si je vous disais qu’à
l’époque on achetait des disques avec un trou au milieu...
Août 2009 : on répète à la maison, le manager
ne me reconnaîtrait sans doute pas dans la rue. Cachets, allocations,
subventions, répétitions payées ont disparu du vocabulaire
courant de la majorité de mes collègues comme du mien. La
Major fortunée a laissé la place à un franc-tireur
téméraire. Mais tout cela a un avantage, net, indéniable
: on sait dorénavant pourquoi on fait de la scène. Et ce
n’est pas pour le confort, ni pour l’argent. Vraiment pas.
Ce serait plutôt pour le plaisir. Ce qui n’a rien à
voir avec le confort, ni l’argent. Enfin comprenez moi, ça
n’a rien d’exclusif : accompagner Mareva au Canada, avec chauffeurs,
chambre individuelle au Hilton, défraiement et cachets princiers,
c’était bien, très bien même mais pas mieux
que de répéter en appartement pendant une semaine gratuitement
avec Sport Murphy pour un concert unique pas payé. Inutile de crier
à la trahison. Je continue de défendre l’intermittence.
Plus que jamais même. Et je ne cracherais pas dessus si je pouvais
encore y prétendre – mais bon c’est déjà
assez la merde, on ne va pas en plus arrêter de faire de la musique
!
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’avais
pas laissé tomber. Je ne faisais plus de disques, mais je composais
et enregistrais des BO, j’accompagnais de ci de là et fis
même quelques concerts (Paris, Rouen, Rochefort...), assez pour
savoir que j’y reviendrai. Sans espoir de succès, ni rêve
de fortune. Juste pour la petite boule dans le ventre avant, la fatigue
sereine après, l’adrénaline et l’harmonie pendant.
J’y retourne donc mais pas tout seul. Philippe Sirop (Gilles Tandy,
L’Attirail, Kelly de Martino, Ray Bartok...), batteur, choriste
et mandoliniste est de retour. Et nous sommes rejoints par le très
musical et notoire John Greaves, à la basse, aux claviers et à
la voix. Power Trio donc, avec votre serviteur aux guitares, aux claviers,
à l’harmonica et à la voix. Soft Power Trio plutôt,
avec certes quelques dérapages bruyants, mais assez loin encore
de Motorhead.
Nous ferons nos débuts le 26 septembre à 17 heures, sur
les bords de la Seine, devant la BN, dans le cadre du Festival Spectaculaire
pour ceux qui auraient envie de vérifier. Plus tard, nous sillonnerons
des routes que nous espérons sans fin.
A bientôt donc.